Une_Rayure

Longtemps, en Occident, les vêtements rayés ont eu un caractère discriminatoire. Dans son livre “L’étoffe du diable – Une histoire des rayures et des tissus rayés,” l’historien Michel Pastoureau rappelle que ces derniers étaient réservés aux individus qui transgressaient l’ordre social. La rayure était l’un des signes visuels les plus  emblématiques des “exclus ou des réprouvés,” tels que les hérétiques, les prostituées, les lépreux, les criminels, les bourreaux ou encore les jongleurs! Chez l’homme du Moyen-Age, la rayure vestimentaire était péjorative et avait même une nature diabolique.

A partir de la fin du XVe siècle et du début du XVIe, Pastoureau explique que la rayure perd peu à peu sa connotation diabolique, tout en restant néanmoins un marqueur social fort puisqu’elle devient “le signe premier d’une condition servile ou d’une fonction subalterne.” Pages, valets, servantes, esclaves sont ainsi souvent affublés de vêtements rayés. Paradoxalement, se développe aussi à cette époque une “rayure aristocratique” que l’on retrouve sur les manches et les chausses des jeunes nobles italiens notamment.  Mais à chacun sa rayure, alors que la rayure aristocratique est verticale, celle des serviteurs est horizontale.


De l’hérésie au chic balnéaire…

Saturdays_StripedTee_1  OliverSpencer_StripedTee_1

Saturdays Surf NYCOliver Spencer

Sandro_StripedShirt   MH_StripedTee_1

 SandroMargaret Howell


A la fin du XVIIIe, la rayure devient romantique et révolutionnaire (sous l’impulsion de la révolution américaine puis française), et envahit littéralement le vieux continent. Les vêtements, tout comme les tissus d’intérieur et d’ameublement, se parent de rayures horizontales et verticales. Les vêtements rayés ne perdent pas pour autant totalement leur dimension négative, puisqu’ils resteront aussi longtemps associés au statut de prisonnier.

Dans son essai, Michel Pastoureau rappelle aussi qu’au début du XXe siècle, les rayures, tout comme les teintes pastels, ont facilité le passage du blanc à la couleur des “vêtements et étoffes qui touchaient directement le corps nu (chemises, voiles, braies, caleçons, draps).” Jusqu’à la seconde révolution industrielle, il n’était en effet pas envisageable que ces vêtements soient d’une autre couleur que blancs ou écrus. “Porter une chemise bleu ciel était impensable vers 1860 mais était devenu chose courante en 1920(…).”


Une pincée de romantisme et un zeste de rébellion!

Zara_StripedShirt_1    TokaToka_PiscineShirt_1

ZaraToka Toka

WoodWood_StripedShirtJunyaWatanabe_StripedShirt_1

Wood WoodJunya Watanabe


Difficile enfin de s’intéresser à la rayure vestimentaire sans évoquer la marinière, pièce classique du vestiaire masculin et féminin qui n’a cessé d’inspirer les marques de modes depuis des années. S’il est semble t’il difficile d’en retracer l’origine, l’usage du vêtement rayé dans le milieu marin est documenté dès le XVIIe et plus encore à partir du XVIIIe. Des décrets codifieront même cette pratique. Ainsi  un décret officiel du 27 mars 1858 introduit la marinière, un tricot rayé bleu indigo et blanc, dans la liste officielle des tenues de matelot de la marine nationale. Ses caractéristiques techniques y sont clairement précisées: « Le corps de la chemise devra compter 21 rayures blanches, chacune deux fois plus large que les 20 à 21 rayures bleu indigo. » (Source: Wikipedia)

L’usage de ce tricot rayé ne restera évidement pas réservé qu’aux seuls matelots. Avec le succès grandissant des bains de mer à la fin du XIXe, la société européenne va déplacer “du grand large vers le rivage la rayure maritime.” Au début du XXe, Coco Chanel fera même entrer la marinière dans le monde de la mode et du luxe. Quelques décennies plus tard, Jean-Paul Gaultier s’inspirera de la marinière à de multiples reprises la remettant ainsi au coeur de la mode.


 Du grand large vers le rivage

BeamsPlus_KnittedTee_1   MaisonKitsune_mariniere_1

Beams Plus – Maison Kitsuné

WoosterLardini_StripedBlazer_1WantVie_Stripedbag_1

Wooster + LardiniWant Les Essentiels de la Vie


Qu’elles soient fines ou larges, horizontales, obliques ou verticales, les rayures occuperont de nouveau une place de choix dans les collections masculines printemps/été 2015. Tee-shirts, chemises, pulls, costumes, chaussettes, même vos chaussures n’y échapperont pas. Alors avant de vous balader fièrement zébré des pieds à la tête, voici quelques rappels pour les dilettantes du dernier rang:

1. Rayure et morphologie: Les rayures verticales agrandissent la silhouette quand les rayures horizontales l’élargissent. Traditionnellement on conseille donc aux plus petits de privilégier les rayures verticales et aux physiques plus ronds d’éviter les rayures larges et horizontales.

2. Associer les rayures: Les adeptes d’un style discret associeront une pièce rayée avec des vêtements aux tons neutres ou se contenteront d’un accessoire rayé.   Les dandys les plus audacieux associeront les rayures avec d’autres rayures ou d’autres motifs (floral, pois…). Dans ces deux derniers cas, on rappellera que les motifs ne doivent pas être de la même taille et qu’il est préférable de rester dans les mêmes tons ou d’associer des couleurs complémentaires. On évitera tout de même de multiplier à l’excès les motifs histoire de ne pas brouiller le champs visuel de ceux qui vous entourent.


Zébré de la tête aux pieds

Laros_Seersuckerhat_1 StripedTie_PS_1

Larose Paris – Paul Smith

Gucci_StripedSneakers_1   SacWE_APC_1

Gucci –  A.P.C


3. Rayures et costumes: Rappelez-vous simplement qu’il existe deux catégories principales de rayures: les rayures tennis (pin stripes), fines et constituées de petits points et les rayures craies, (chalk tripes) plus épaisses et à l’aspect un peu flou. (Source: Le Figaro)


L’élégance rayée

SuitSupply_SuitStripes  Dsquared2_Suit

Suit SupplyDsquared2


Retrouvez notre sélection “Rayures” dans le Vestiaire de Dirk. Nous vous conseillons aussi vivement la lecture du livre de Michel Pastoureau: L’étoffe du diable – Une histoire des rayures et des tissus rayés.